Gamarra, Pierre
Gautier,
Théophile
Gérard,
Rosemonde
Giraud, H
Godeau, Georges-Louis
Le Goffic, Charles
Gregh, Fernand
Guillaume, Louis
Guillevic, Eugène

Paysage
Il y avait un merle blanc
un merle noir
Il y avait des fées parmi les pâquerettes.
Il y avait une abeille blonde,
une source bleue,
une rose thé,
une tulipe chocolat.
Il y avait une femme
qui descendait la colline,
une femme habillée de feu, de laine et d'amour.
Une mère aux yeux d'iris,
une mère aux mains de soie,
une mère coiffée de rêves.
Et je chantais avec ses lèvres.
Et je vibrais avec son coeur.
Il y avait une maison de sucre et de blé.
Il y avait un abricot mûr sur une fenêtre.
Il y avait un grand soleil de cuivre roux
et des iris aux langues d'or.
Il y avait une femme qui s'approchait de la maison
et qui caressait l'abricot
et qui regardait le soleil.
Une mère aux yeux de violette,
Une mère aux mains de velours.
Une mère habillée de brouillard et de larmes,
De lumière et d'amour.
Pierre Gamarra

Je te
souhaite...
Je te souhaite un jour de velours,
d'iris, de lis et de pervenches,
un jour de feuilles et de branches,
un jour et puis un autre jour,
un jour de blés, un jour de vignes,
un jour de figues, de muscats,
un jour de raisins délicats,
un jour de colombes, de cygnes.
Je te souhaite un jour de diamant,
de saphir et de porcelaine,
un jour de lilas et de laine,
un jour de soie, ô ma maman
et puis un autre jour encore,
léger, léger, un autre jour
jusqu'à la fin de mon amour,
une aurore et puis une aurore,
car mon amour pour toi, ma mère,
ne pourra se finir jamais
comme le frisson des ramées
comme le ciel, comme la mer...
Pierre Gamarra

Mon
cartable
Mon cartable a mille odeurs,
mon cartable sent la pomme,
le livre, l’encre, la gomme
et
les crayons de couleurs.
Mon cartable sent l’orange,
le bison et le nougat,
il sent tout ce que l’on mange
et ce qu’on ne mange pas.
La figue et la mandarine,
le papier d’argent ou d’or,
et la coquille marine,
les bateaux sortant du port.
Les cow-boys et les noisettes,
la craie et le caramel,
les confettis de la fête,
les billes remplies de ciel.
Les longs cheveux de ma mère
et les joues de mon papa,
les matins dans la lumière,
la rose et le chocolat.
Pierre Gamarra

Le
moqueur moqué
Un escargot
se croyant beau, se
croyant gros,
se moquait d'une
coccinelle.
Elle était mince,
elle était frêle
Vraiment, avait-on
jamais vu
Un insecte aussi
menu!
Vint à passer une
hirondelle
qui s'esbaudit du
limaçon.
- Quel brimborion!
s'écria-t-elle,
C'est le plus maigre
du canton
Vint à passer un
caneton.
- Cette hirondelle
est minuscule,
voyez sa taille
ridicule
dit-il d'un ton
méprisant.
Or, un faisan
aperçut le canard et secoua la tête:
- Quelle est cette
minime bête ?
au corps si
drôlement bâti ?
On n'a jamais vu
plus petit
Un aigle qui
planait, leur jeta ces paroles
- Êtes-vous fous ?
Êtes-vous folles ?
Qui se moque du
précédent
sera moqué par le
suivant.
Celui qui d'un autre
se moque
à propos de son bec,
à propos de sa coque,
de sa taille ou de
son caquet,
risque à son tour
d'être moqué.
Pierre
Gamarra

Carnaval
Retour Venise pour le bal s'habille,
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.
Arlequin, nègre par son masque,
Serpent par ses mille couleurs,
Rosse d'une note fantasque
Cassandre, son souffre-douleurs.
Battant de l'aile avec sa manche
Comme un pingouin sur un écueil,
Le blanc Pierrot, par une blanche,
Passe la tête et cligne l'úil.
Le Docteur Bolonais rabâche
Avec la basse aux sons traînés
Polichinelle, qui se fâche,
Se trouve une croche pour nez.
Heurtant Trivelin qui se mouche
Avec trille extravagant,
A Colombine Scaramouche
Rend son éventail ou son gant.
Sur une cadence se glisse
Un domino ne laissant voir
Qu'un malin regard en coulisse
Aux paupières de satin noir.
Ah ! fine barbe de dentelle,
Que fait voler un souffle pur,
Cet arpège m'a dit : C'est elle !
Malgré tes réseaux, j'en suis sûr,
Et j'ai reconnu, rose et fraîche,
Sous l'affreux profil de carton,
Sa lèvre au fin duvet de pêche,
Et la mouche de son menton.
Théophile GAUTIER

Le pin des Landes
On ne voit en passant par les Landes désertes,
Vrai Sahara français, poudré de sable blanc,
Surgir de l'herbe sèche et des flaques d'eaux vertes
D'autre arbre que le pin avec sa plaie au flanc ;
Car, pour lui dérober ses larmes de résine,
L'homme, avare bourreau de la création,
Qui ne vit qu'aux dépens de ce qu'il assassine,
Dans son tronc douloureux ouvre un large sillon !
Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte,
Le pin verse son baume et sa sève qui bout,
Et se tient toujours droit sur le bord de la route,
Comme un soldat blessé qui veut mourir debout.
Le poète est ainsi dans les Landes du monde ;
Lorsqu'il est sans blessure, il garde son trésor.
Il faut qu'il ait au cœur une entaille profonde
Pour épancher ses vers, divines larmes d'or !
Théophile Gautier (1811-1872), Espana

Bonne année
Bonne
année à toutes les choses,
Au monde,
à la mer, aux forêts.
Bonne
année à toutes les roses
Que
l’hiver prépare en secret.
Bonne
année à tous ceux qui m’aiment
Et qui
m’entendent ici-bas.
Et bonne
année quand même
À tous
ceux qui ne m’aiment pas.
Rosemonde
Gérard

Le
gitan
Où vas-tu gitan?
Je vais en Bohème,
Où vas-tu gitan?
Revoir l'Italie,
Et toi beau gitan?
En Andalousie,
Et toi vieux gitan,
mon ami?
Moi je rêve ici, je
suis bien trop vieux.
Avant de repartir
pour un nouveau voyage,
Vers d'autres
paysages,
Sur les chemins
mouvants
Laisse encore un
instant vagabonder ton rêve
Avant que la nuit
brève le réduise à néant.
Chante gitan ton
pays de cocagne,
Chante gitan ton
château en Espagne,
C'est le chant des
errants qui n'ont pas de frontières,
C'est la lente
prière de la nuit des gitans...
H.
Giraud
LA BENNE
Bientôt, entre les mâts dressés comme
pour les olympiades,
truelles et marteaux attaqueront.
Un immeuble -naîtra.
L'ouvrier qui commande la grue hisse pour
jouer la benne
vide au sommet de l'échafaudage, plus
haut, plus haut.
Elle se balance comme un trapéziste.
Trente jours par étage.
Quatre planchers, Dix mille fois monter, verser, descendre.
Plus loin, parmi les toits, dans les
espaces creux, les compresseurs frères cherchent le dur.
De nouveaux chantiers surgiront.
Orgueilleuse, la benne fait claquer ses
flancs. Elle sera la première, au-dessus.
Georges-Louis Godeau

LE TOLIER
Mon père était forgeron.
Le soir, il lisait des revues de métallurgie.
Moi aussi, je lisais. Les usines d'avion. je rêvais.
J'ai grandi.
Au Centre, j'ai fait des études. Je suis sorti
premier tôlier. Le premier a le droit de choisir.
Mon choix était fait.
A l'usine, j'ai signé mon contrat.
Avec le chef, nous côtoyons la chaîne. je caresse un fuselage.
Tout est gigantesque. je suis très petit.
Voilà ma machine.
Elle découpe des ronds à l'emporte-pièce.
je ne rêve plus. je vais construire des
avions Caravelle.
Georges-Louis Godeau

Les peupliers Kéranroux
Le soir a
tendu de sa brume
Les
peupliers de Kéranroux.
La première
étoile s’allume ;
Viens-t-en
voir les peupliers roux.
Fouettés
des vents, battus des grêles
Et toujours
sveltes cependant,
Ils lèvent
leurs colonnes grêles
Sur le fond
gris de l’Occident.
Et dans ces
brumes vespérales
Les longs
et minces peupliers
Font rêver
à des cathédrales
Qui
n’auraient plus que leurs piliers.
Charles Le Goffic

L’arbre
C’est l’Arbre. Il est opaque, immobile, et vivant.
Il baigne dans le ciel, il trempe dans le vent.
Une nuit verte inonde en plein jour ses ramures.
La moindre brise en tire un millier de murmures
Et toujours quelque oiseau qui plonge dans l’air bleu ;
Puis, quand le crépuscule épaissit peu à peu,
Tel qu’une eau sous-marine et glauque, le silence,
Lentement il le boit comme une éponge immense.
Son front semble, le soir, se perdre au plus profond
De l’ombre ; et par les nuits où les étoiles font
Luire au travers et scintiller leurs clartés blanches,
Il a l’air de porter tout le ciel dans ses branches,
Il se dresse touffu, secret, vertigineux :
Son tronc énorme est bossué d’énormes nœuds ;
De vifs surgeons verdoient à son pied centenaire ;
Chacun de ses rameaux semble un arbre ordinaire…
Quelle pensée auguste et douce habite en lui ?
Que rêves-tu, grande Ame encor jeune aujourd’hui
Qui l’occupes du fond des temples, et t’y recueilles ?
On le sent respirer, lent, de toutes ses feuilles…
Fernand Gregh
Gentille abeille
Une abeille sur la main
Qui vient apporter du miel,
Une abeille du matin
Qui remplit son escarcelle,
Une abeille bien gentille
Qui pique mieux qu’une aiguille,
Une abeille qui travaille
Pour les garçons et les filles,
Une abeille cueille au ciel
Une goutte de soleil !
Louis Guillaume

IMAGINONS
Le temps que met l’eau à
couler de ta main
Le temps que met le coq à
crier le soleil
Le temps que l’araignée
dévore un peu la mouche
Le temps que la rafale
arrache quelques tentes
Le temps de ramener près de
moi tes genoux
Le temps pour nos regards de
se dire d’amour
Imaginons ce qu’on fera
de tout ce temps.
Eugène
GUILLEVIC

L'ARBRE
Au-dehors
l'arbre est là et c'est bon qu'il soit là,
Signe
constant des choses qui plongent dans l'argile.
Il est
vert, il est grand, il a des bras puissants.
Ses
feuilles comme des mains d'enfant qui dort
S'émeuvent
et clignent.
Eugène Guillevic

Il se ferait pommier,
Lui dans l'espce détendu.
Il aurait cette frondaison,
Ces pommes, la patience.
Il n'exigerait pas davantage
Que la saison ne peut pour lui.
Mais quoi ?
Il est déjà, il est pommier,
Même dans cet espace
Qui va craquer.
C'est pommier qu'il ira
Vers cet autel qui le réclame.
Eugène Guillevic

J’AI
VU LE MENUISIER
J'ai vu le
menuisier
Tirer parti du bois.
J'ai vu le
menuisier
Comparer plusieurs planches.
J'ai vu le
menuisier
Caresser la plus belle.
J'ai vu le
menuisier
Approcher le rabot.
J'ai vu le
menuisier
Donner la juste forme.
Tu
chantais, menuisier,
En assemblant l'armoire.
je garde
ton image
Avec l'odeur du bois.
Moi, j
assemble des mots
Et c'est un peu pareil.
Eugène
Guillevic

Recette
Prenez un toit de
vieilles tuiles
un peu avant midi.
Placez tout à côté
un tilleul déjà
grand
remué par le vent.
Mettez au-dessus
d'eux
un ciel de bleu,
lavé
par des nuages
blancs.
Laissez-les faire.
Regardez-les.
Eugène
Guillevic